Risque de Change pour Importateurs Marocains : se Couvrir

Réunion de travail achats et négociation fournisseurs
Réunion de travail achats et négociation fournisseurs

Un importateur achète en dollars pour livraison dans trois mois. Le jour du paiement, le dollar a pris quelques pourcents contre le dirham. Sa marge nette, qui tenait souvent dans une fourchette étroite, vient d'être amputée d'autant. Il n'a commis aucune erreur commerciale, logistique ou de négociation : il a simplement oublié qu'entre la commande et le paiement, il spéculait sur le change sans le savoir.

D'où vient le risque

Le dirham est rattaché à un panier de devises composé de l'euro et du dollar, et il fluctue à l'intérieur d'une bande de variation élargie progressivement par Bank Al-Maghrib. Concrètement, le dirham bouge peu face au panier, mais l'euro et le dollar bougent l'un par rapport à l'autre. Un importateur qui paie en dollars voit son coût varier avec le rapport euro-dollar, et encore davantage s'il achète dans d'autres devises (yuan, livre turque, livre sterling).

Le risque existe dès qu'il y a un décalage entre le moment où le prix est fixé (la commande) et le moment où la devise est achetée (le paiement). Plus le délai est long, plus l'exposition est forte : les importations d'Asie, avec des délais de production et de transport de plusieurs mois, sont particulièrement concernées.

3 à 6 mois
décalage fréquent entre commande et paiement sur une importation d'Asie, pendant lequel le change peut bouger

Mesurer son exposition

Avant de se couvrir, il faut savoir ce qu'on couvre. Un tableau simple :

CommandeDeviseMontantDate de paiement prévueCouvert ?
Fournisseur AUSD......Non
Fournisseur BEUR......Oui (terme)

La somme par devise et par mois donne l'exposition. Pour beaucoup de PME, c'est la première fois qu'elles la voient.

Les outils de couverture

L'achat à terme de devises. L'importateur fixe dès aujourd'hui, avec sa banque, le cours auquel il achètera ses devises à une date future. Il sait exactement ce que coûtera sa commande en dirhams. En contrepartie, il ne profite pas d'une évolution favorable. C'est l'outil le plus simple et le plus utilisé.

Les options de change. L'importateur achète le droit (et non l'obligation) d'acheter la devise à un cours garanti. Il est protégé contre la hausse tout en gardant le bénéfice d'une baisse, mais il paie une prime.

La facturation en dirhams ou en euros. Négocier avec le fournisseur une facturation dans une devise moins exposée transfère le risque. Le fournisseur l'intégrera dans son prix, mais la visibilité est totale.

Les clauses contractuelles de partage du risque de change : le prix est ajusté si le cours dépasse une bande convenue.

La couverture naturelle : une entreprise qui exporte et importe dans la même devise peut compenser une partie de ses flux.

L'accès aux instruments de couverture et leurs conditions dépendent de la réglementation des changes et de l'offre de votre banque : c'est avec elle qu'il faut construire la politique.

Se couvrir n'est pas parier. Ne pas se couvrir, en revanche, c'est parier chaque jour sur l'évolution des devises. La question n'est pas « le dollar va-t-il monter ? », mais « ma marge peut-elle supporter qu'il monte ? ». Si la réponse est non, il faut se couvrir.

Construire une politique simple

  1. Mesurer l'exposition par devise et par échéance.
  2. Définir une règle : par exemple, couvrir systématiquement toutes les commandes au-dessus d'un certain montant dès leur passation, ou couvrir une part fixe de l'exposition prévisionnelle.
  3. Aligner le prix de vente : les prix de vente et les budgets doivent intégrer le cours couvert, pas le cours du jour.
  4. Suivre : chaque mois, comparer le coût réel au coût budgété.

Le lien avec la supply chain

Le risque de change est proportionnel au délai entre commande et paiement. Réduire le délai d'approvisionnement, c'est aussi réduire l'exposition. C'est un argument supplémentaire pour les approvisionnements plus proches : voir le sourcing en Turquie ou en Égypte. Et c'est une raison de plus pour bien connaître ses délais réels : voir le lead time fournisseur.

Ce qu'il faut retenir

Le risque de change naît du décalage entre la commande et le paiement. Le mesurer est la première étape ; l'achat à terme est l'outil le plus simple pour le neutraliser ; une règle écrite évite les décisions au feeling. Pour le cadre général, voir notre article pilier sur les délais de paiement au Maroc et, pour les techniques de paiement, le crédit documentaire.

Vous voulez intégrer le risque de change dans vos décisions d'achat ? Contactez-nous.

Contactez-moi pour en parler : contact@nextinotech.com | +212 06 63 44 92 00.


Youssef B, fondateur de Nextinotech — 20+ ans d'expérience supply chain au Maroc et en Afrique francophone.